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Éditions du 26 octobre

« Barbe‑Bleue outre-Rhin »
Jean de Palacio

Jean de Palacio «Barbe‑Bleue outre-Rhin».

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On peut être surpris par la notoriété que connaît Barbe-Bleue dans les pays de langue allemande au tournant du siècle (1846-1931), surtout si l’on constate que le souvenir de Perrault y paraît plus vivace que celui de Grimm. Le cadre est ici moins le conte que le roman, la nouvelle ou le théâtre. Des changements majeurs se dessinent, comme de faire de Barbe-Bleue, moins un bourgeois qu’un gentilhomme et même une femme au lieu d’un homme. Le personnage se voit aussi doté d’une intériorité et d’une conscience réflexive, que Perrault ne lui avait pas prêtées. L’un des auteurs considérés ici le dit clairement : «Ceci n’est pas l’histoire de feu le chevalier Barbe-Bleue, depuis longtemps mort et enterré dans le conte, mais celle d’un de ces éternels maris d’aujourd’hui».

 

Jean de Palacio, professeur émérite à la Sorbonne, a successivement consacré ses recherches à Shelley et son groupe littéraire (Mary Shelley et William Godwin), puis à la notion de Décadence en Europe. Il a orienté son enquête vers une définition de l’esprit «fin-de-siècle» (1870-1914) dans un ensemble de travaux, parmi lesquels Le Silence du Texte (2003), La Décadence. Le mot et la chose (2011, Prix Émile Faguet 2012 de l’Académie Française) et Le Crépuscule des Royautés. Essai sur la Décadence du Droit divin (2014, collaboration de Marie-France de Palacio).

 

«Les Côtés obscurs de la nature, ou Fantômes et voyants»
de Catherine Crowe

Les Côtés obscurs de la Nature (1848) de Catherine Crowe, traduit en français en 1900, n’avait jamais été réédité. Une dommageable lacune, pour un ouvrage qui fut considéré comme un jalon majeur de la parapsychologie et qui, bestseller dès sa publication, connut dix-huit éditions en six ans. Réputé pour avoir introduit le terme de « poltergeist » en anglais, il contribua à l’ascension rapide du spiritisme dans l’Angleterre victorienne, en face du matérialisme scientifique culminant avec L’Origine des espèces de Darwin.Célèbre pour son intelligence, sa culture et son indépendance, Catherine Crowe fréquenta les intellectuels de son temps, parmi lesquels Emerson, De Quincey ou George Eliot. Charles Dickens, un peu plus sceptique qu’elle à l’égard des fantômes, reconnut néanmoinsle grand intérêt de son livre, enlequel il voyait « la plus extraordinaire collection d’histoires de fantômes jamais publiée ». Dickens définit d’ailleurs avec justesse le projet de Crowe : informer le lecteur de l’existence de phénomènes surnaturels, l’amener à y réfléchir plutôt que de les tourner en dérision ou de les rejeter. Comme l’observe aussi Dickens, Catherine Crowe affirme dans cet ouvrage, avec la même conviction, la réalité de manifestations très diverses : apparitions fantomatiques, rêves prémonitoires, pressentiments, doppelgänger, poltergeist, maisons hantées, lumières spectrales, etc. Catherine Crowe convoque, pour chaque phénomène, des dizaines de témoignages. Que l’on y accorde ou non quelque crédit, ces centaines d’histoires paranormales se lisent avec un plaisir constant. Jean Ray, en 1947, n’hésitera d’ailleurs pas à retenir les récits de Catherine Crowe parmi les meilleurs « des maîtres de l’épouvante » dans sa célèbre anthologie fantastique La Gerbe noire. Fiction ou réalité, au lecteur d’en décider…

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