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Esseulés, Edouard et Lucienne le sont assurément ; allant, valétudinaires et délicats, de Paris en villégiatures, cultivant nostalgie et souvenirs, et comme reclus dans un dandysme sans éclat, morne, mièvre peut-être, un dandysme, si l’oxymore est possible, du quotidien.
Silhouettes diaphanes et précieuses, ils le sont au point de sembler ne pas souffrir quelque charge romanesque que ce soit : roman alors sans histoire, Seuls, est davantage un impressionnisme narratif, une errance perpétuelle, sans repères temporels précis — une contemplation éventuellement. C’est là l’art de Francis Poictevin, un art de l’estompe, de l’atermoiement, où la prose se fait poème, et où les mots sont sensations, sont nuances, sont plastiques, se parant pour ce faire de toutes les subtilités néologiques.
«Il cherche partout l’âme — et l’a trouve.» dira Remy de Gourmont.
Francis Poictevin (1854-1904), de santé délicate, se partagea entre Paris et la Riviera. Rentier, il se voua à la littérature, collabora à la Revue Indépendante. Il fut l’ami de Barbey d’Aurevilly et de Huysmans (auquel, dit-on, il aurait inspiré le personnage de Des Esseintes). Outre Seuls (1886), il est l’auteur notamment de La robe du Moine, Ludine, Paysages, Presque…
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